L’estime de soi en Gestalt-thérapie :
du regard hérité au regard authentique
- 26 Oct 2025
- Aude Alvino
Crédit photo © sebastian Schuster
« L’estime de soi ne peut être acquise que dans l’expérience de contact : c’est en étant reçu tel que l’on est que l’on apprend à se recevoir soi-même. »
Isadore From, cité dans Fagan & Shepherd (dir.), Gestalt Therapy Now, Harper & Row, 1970
En Gestalt-thérapie, l’estime de soi n’est pas une construction mentale isolée, mais un processus de contact avec soi-même et les autres.
Ce processus est dynamique et non-figé, il évolue sans cesse en fonction de notre histoire, de nos expériences et de nos choix.
L’estime de soi s’inscrit dans un continuum entre santé et trouble qu’il s’agit de mettre en conscience afin d’atteindre une confiance en soi et de sa place dans le monde qui soit ajustée.
Le regard hérité : l’enfant dans le miroir parental
L’estime de soi prend racine originellement dans la relation entre l’enfant et sa figure paternelle (qui peut être porté par le père mais aussi par la mère selon certaines circonstances d’isolement, ou tout autre personne qui accompagnerait l’enfant dans le monde).
En effet, de sa naissance à ses trois ans, l’enfant est en confluence avec sa mère, c’est à dire qu’ils forment un tout, une seule entité lié par l’amour inconditionnel offert par la figure maternelle qui va définir sa sécurité intérieure. Puis peu à peu, l’enfant se détache, se distingue et prend conscience de sa place dans le monde. C’est généralement la figure paternelle qui l’emmène dans le monde, grâce à son soutien conditionnel et son regard qui va l’encourager ou le recadrer positivement.
Dès l’enfance, le regard des parents agit comme un miroir fondateur. Être reconnu par un père comme « ayant de la valeur » installe un socle de sécurité et de confiance. À l’inverse, un père absent, indifférent ou jugeant peut laisser l’enfant dans une quête inachevée : « Suis-je assez digne d’amour ? ».
De ce fait, si les premiers regards sont blessants, ils continuent longtemps à nous habiter et à conditionner la manière dont nous nous percevons.
Quand l’héritage paternel pèse sur l’estime de soi
La figure paternelle représente souvent la première reconnaissance « extérieure » : c’est elle qui donne la permission de s’affirmer dans le monde, de prendre sa place, de croire en ses propres capacités.
Quand ce regard est bienveillant, il devient un socle d’estime de soi durable. Quand il est défaillant, il peut engendrer des blessures profondes : doute, sentiment d’infériorité, dépendance au jugement d’autrui…
La Gestalt-thérapie offre un espace pour revisiter cet héritage. Elle ne cherche pas à effacer le passé, mais à en métaboliser les traces.
« La Gestalt n’est pas orientée vers le passé. Elle s’intéresse au présent, à la manière dont une personne s’empêche de vivre ici et maintenant »
Fritz Perls, Gestalt Therapy Excitement and Growth in the Human Personality, 1951
De l’héritage au présent : construction d'un regard authentique
En thérapie Gestalt, l’estime de soi se reconstruit à travers le contact vivant : avec le thérapeute, puis avec soi-même.
C’est à cette occasion que l’on peut expérimenter un autre regard : non plus celui, hérité, qui juge ou diminue, mais un regard authentique, enraciné dans l’expérience présente.
Dans la relation thérapeutique, l’adulte peut retrouver ce qu’il n’a pas reçu : une reconnaissance inconditionnelle, un espace de validation, une possibilité d’être soi sans masque. Peu à peu, il apprend à se regarder autrement : avec douceur, respect et confiance.
Estime de soi et Gestalt : une transformation possible
Retrouver l’estime de soi, ce n’est pas se convaincre artificiellement d’avoir de la valeur. C’est faire l’expérience, ici et maintenant, que l’on peut exister tel que l’on est, sans se conformer aux injonctions héritées. Cela signifie :
Identifier les jugements anciens qui pèsent encore (souvent liés aux figures parentales)
Reconnaître comment ils influencent le présent
Vivre de nouvelles expériences de contact, réparatrices et soutenantes
Développer un regard interne plus authentique et vivant
Conclusion : du regard paternel au regard intérieur
L’estime de soi est un chemin qui commence dans les yeux des parents, en particulier du père comme premier « témoin social » de notre valeur. Mais ce chemin ne s’arrête pas là.
La Gestalt-thérapie permet de transformer le regard hérité – parfois blessant ou insuffisant – en un regard intérieur authentique, qui s’ancre dans l’expérience présente et ouvre à une vie plus libre, plus créatrice et plus entière.
Aude Alvino.