Ce qui pense en moi :
La théorie du "self"

 Crédit photo © Ahmed Nishaath

« Il ne s’agit pas de découvrir qui nous sommes, mais de vivre ce que nous sommes en train de devenir. »

Daniel Stern, Le moment présent en psychothérapie et dans la vie quotidienne, 2004.

Plutôt que de parler d’un « moi » fini et déterminé par notre histoire et notre patrimoine génétique, la Gestalt s’intéresse plutôt à la manière dont nous nous construisons et nous définissons, moment après moment, dans nos interactions avec le monde.

Le “Self” n’est pas une entité intérieure figée par essence ou un noyau dur de l’identité, mais un processus vivant, une fonction relationnelle toujours en mouvement. Il émerge dans l’instant, à la frontière entre notre organisme et notre environnement*. Autrement dit, le “Soi” – ne cesse d’évoluer et n’existe qu’à travers l’expérience.
Il s’agit alors d’identifier nos croyances et leurs origines pour en créer de nouvelles, plus alignées et en cohérence avec nos valeurs.

Trois fonctions du Self

La théorie issue de la Gestalt distingue trois fonctions originelles du “Self”, qui coexistent, communiquent entre elles et se mobilisent selon les situations :

 

• La fonction ça : Se situe au niveau des sensations, des émotions, des besoins émergents et des impulsions premières. Elle est pré-personnelle, spontanée, enracinée dans le corps. Tout se qui relève de l’archaïque, comme la petite enfance, et de l’inconscient se stock dans cette fonction composante du “Self”, et en particulier nos traumatismes non-résolus et Gestalts Inachevées

 

• La fonction Personnalité : Rassemble nos habitudes, nos repères et notre histoire intériorisée. Elle donne une continuité, une forme reconnaissable à notre présence au monde. Cette fonction rassemble toutes nos croyances sur nous-même, sur les autres et le monde. 

 

• La fonction « Je » : Permet la conscience, le choix, le discernement et va, pour se faire, puiser dans les deux fonctions citées précédemment. C’est le « je » en nous qui prend les décisions et se positionne face aux situations qui se présentent dans l’instant. L’Ecole Humaniste de Gestalt y ajoute de grandes réformes en subdivisant cette fonction en trois items :

Le « je » aligné et intuitif, celui de la contemplation, de la méditation, de la créativité. Lorsque celle-ci prédomine, l’individu à un rapport fluide au monde qui l’entoure et s’ajuste avec créativité, sérénité et alignement face aux différentes situations qui se présentent à lui.

Le « je » positif qui est naturellement prédominant chez les personnes qui ont eu un passé développemental suffisamment bon et sécurisant, ainsi que les personnes qui ont fait un travail thérapeutique : elles savent percevoir le bon dans chaque situation et s’en saisir.

Puis le « je » négatif initialement présent pour nous protéger, fonction de la survie et de l’égo, nécéssaire dans certaines situations. Toutefois, lorsqu’un individu n’a pas pu se développer en sécurité dans son enfance et métaboliser pleinement ses enjeux d’attachement et d’estime de soi, cela créé un arrêt développemental qui se stock dans notre fonction « ça » où notre « je » va puiser. Dans ce cas, il est courant que ce « je » négatif prenne une place disproportionnée chez l’individu, car son rapport au monde est teinté par l’émergence de ses émotions inachevées et non-résolues. Il se protège alors d’un danger permanent, même si le danger n’existe plus aujourd’hui, ce qui influe ses prises de position et sa manière d’entrer en relation.

 

En réponse à cela, la thérapie présente une seconde chance développementale permettant à l’individu de métaboliser ce qui n’a pas pu l’être en tant qu’enfant et trouver un équilibre favorable dans son « Self », déployant alors sa capacité à interagir avec l’environnement de façon fluide et sereine.

Le Self se manifeste différemment selon que l’une ou l’autre de ces fonctions est prédominante, mais il reste toujours une co-création entre le sujet et l’environnement. Et mettre de la conscience sur la construction de ce processus permet d’accéder à une dimension plus intuitive et alignée de notre Être.

Un Self en relation

La Gestalt nous invite à penser le “Self” non pas comme une structure interne, mais comme un événement relationnel. Il naît et disparaît avec chaque situation et est en constante recomposition.

Ainsi, plutôt que de chercher à définir « qui je suis », il s’agit d’être attentif à comment je suis dans l’instant : avec l’autre, avec l’environnement, avec ce qui me traverse.

Cette conception de l’identité donne accès à une vision plus libre et créative en augmentant le champ de nos possibles. En effet, elle nous invite à prendre conscience de nos capacités et ressources pour sortir des schémas de répétition et habiter le monde de façon plus alignée et incarnée.

« Le Self n’est pas une chose, mais un processus, celui de l’ajustement
créateur à une situation donnée. »

Jean-Marie Robine, Le temps d’un regard, 2005

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