Ajustement créateurs et conservateurs :
S'adapter pour mieux exister

 Crédit photo © Annie Spratt

« Le comportement inauthentique est souvent un ajustement conservateur, une réponse qui a été autrefois appropriée mais qui est devenue routinière et inadéquate. »

Perls, Hefferline & Goodman, Gestalt Therapy : Excitement and growth in the human personality, 1951.

En Gestalt-thérapie, l’un des concepts fondamentaux pour comprendre notre manière d’être au monde est celui d’ajustement. Vivre, c’est sans cesse entrer en contact avec notre environnement — que ce soit une personne, une situation, une émotion ou un besoin. Cet échange est dynamique, fluide, et il suppose une capacité d’adaptation.
Mais comment s’adapte-t-on ? Et surtout, nos manières d’ajuster sont-elles toujours vivantes et nourrissantes ? C’est là qu’interviennent les notions d’ajustement créateur et d’ajustement conservateur.

S’ajuster : une nécessité vitale

Imaginons un enfant qui, pour être aimé, apprend à ne pas déranger. Ce comportement peut l’aider à maintenir le lien avec ses parents — il s’agit alors d’un ajustement adaptatif dit “créatif” car cette réponse est ajustée à une situation donnée. Mais si, adulte, il continue à s’effacer pour éviter le conflit, même lorsque cela nuit à ses besoins ou à sa santé, cet
ajustement devient rigide : il n’est plus vivant, mais conservateur.

En Gestalt, nous considérons que chacun développe des manières singulières de s’ajuster à son environnement. Ces ajustements ne sont pas bons ou mauvais en soi. Ce qui compte, c’est de savoir s’ils sont adaptés au contexte présent et s’ils permettent de nourrir le contact vivant avec soi, les autres et le monde.

L’ajustement conservateur : la répétition comme refuge

L’ajustement conservateur désigne une manière de faire, de sentir ou de penser qui s’est installée comme un automatisme. C’est une réponse figée, issue souvent du passé, que nous reproduisons sans nous en rendre compte.

Ces ajustements ont eu leur utilité. Ils nous ont protégés, permis de survivre, de faire face. Mais quand le contexte change et que nous restons prisonniers de ces anciens réflexes, ils peuvent devenir des obstacles à l’élan de vie, comme par exemple :


•  Toujours dire « oui » par peur de déplaire.
•  Se couper de ses émotions pour rester « fort ».
•  Se suradapter dans les relations en oubliant ses propres besoins.

C’est ce que Paul Goodman et Fritz Perls, fondateurs de la Gestalt thérapie, ont mis en lumière : l’expérience prend toujours racine au contact de la relation entre soi et le monde.

« Nous avons tendance à répéter nos anciennes façons d’être, même quand elles ne sont plus adaptées. Le changement commence lorsque nous devenons conscients de ces répétitions. »

Frits Perls, Gestalt Therapy Verbatim, 1969

L’ajustement créateur : l’élan de la nouveauté

L’ajustement créateur, à l’inverse, est une réponse nouvelle, vivante, en lien avec le ressenti du moment. Il suppose une présence à soi, une capacité à accueillir ce qui est là (une émotion, un besoin, un désir) et à en faire quelque chose de juste, ici et maintenant.
Ce n’est pas une réaction automatique, mais une création de sens, une manière souple et ajustée d’entrer en relation.

Le rôle de la Gestalt-thérapie

En séance, nous observons ensemble comment vous vous ajustez dans vos relations , dans vos silences, dans votre corps, dans vos choix. L’objectif n’est pas de « corriger » ce qui ne va pas, mais de prendre conscience de vos ajustements actuels et d’explorer de nouvelles manières d’être, plus libres, plus en lien avec votre élan vital.

En cultivant la présence à l’instant, le thérapeute accompagne l’émergence de l’ajustement créateur — ce moment précieux où une transformation devient possible.

Changer sans se trahir

Changer en Gestalt, ce n’est pas devenir quelqu’un d’autre mais retrouver de la liberté dans nos manières d’être, de ressentir, de choisir. C’est transformer des automatismes en gestes conscients. C’est faire de la place à l’ajustement créateur, sans renier ce que les ajustements conservateurs ont représenté.

C’est, en somme, habiter sa vie avec présence.

Aude Alvino.

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